Re: Le libéralisme : de Gauche ? de Droite ? Inclassable ?
Posté : 24 janv. 2011, 22:26
Alors commençons par le commencement.
Je pense tout d'abord que la distinction libéralisme économique / libéralisme politique est stupide et inadaptée. Il faut arrêter de croire que cette idéologie globale peut être segmentée de toute part. Si le libéralisme a évolué, c'est tout d'un coup au fil de l'histoire.
Le libéralisme naît avec la pensée moderne contre l'arbitraire de l'État pré-moderne. Il se développe grâce à la légitimation de l'économie politique (qu'il "invente" en quelque sorte). Je ne vais pas vous infliger de citer divers auteurs de l'époque. Il faut toutefois avoir en tête qu'à cette époque, les libéraux n'ont pas encore le pouvoir. Il est très longtemps à la tête de la lutte contre l'ordre réactionnaire (ce qui fait dire à certain qu'à l'origine le libéralisme est de Gauche).
Une fois au pouvoir, le libéralisme s'adapte à la situation et révèle son réel objectif : servir les intérêts de la classe qui le porte, la bourgeoisie.
Cela passe par un très strict contrôle des travailleurs (sur le credo "Classe laborieuse, classe dangereuse"), une limitation forte de l'accès du peuple à la démocratie (en rechignant à instaurer le Suffrage universel) et une lutte plus ou moins ouverte contre les anciennes classes dominantes. La réalité du libéralisme, c'est aussi la modernisation forcée des peuples : lutte contre les régionalismes, soumission (souvent par la force) des résistances intérieures, destruction de l'économie agraire et incitation à l'exode des ruraux. Le bilan politique du libéralisme en action au 19è doit être bien vu. Les libéraux n'ont tenu leur promesses que d'un point de vue économique (et c'est certainement de là que vient l'idée qu'il existe 2 libéralismes).
Les limites intrinsèques du capitalisme s'expriment et provoque des réflexions d'intellectuels : les marxistes, les socialistes critiquent l'injustice fondamentale de ce système, les républicains rappellent que l'individu autonome est une notion aberrante qui oublie le poids essentiel du groupe et des vertus civiques. Les réactionnaires critiquent quant à eux une Société qui les a laissé sur le carreau. Les néo-classiques arrivent avec des maths pour tenter de faire de leurs positions des réalités scientifiques, sont critiqués par Keynes. La fin des 30 Glorieuses s'accompagnent du retour en force des idéaux libéraux… vous connaissez l'histoire.
La réalité du libéralisme est une vision globale de la Société. La liberté conduit à une bonne Société, la Société n'atteint la paix que dans l'abondance matérielle et pour atteindre cette abondance, il faut mettre en avant les acteurs individuels et le marché. Dès lors, on croit dans l'individu autonome et on responsabilise l'oisif qui refuse de contribuer à la production.
Que garder de cet exposé ?
Que la tentative que font les libéraux de se présenter hors-clivage sur le critère d'une diversité du libéralisme est hautement fallacieuse. Le libéralisme ne doit pas être segmenté, c'est une erreur d'analyse.
Que le libéralisme a une idéologie qui repose sur une certaine vision du monde. Il a promu la modernité contre l'ordre d'Ancien Régime et a été sous le feu de la critique des républicains (des vrais, pas du PRF), des socialistes et des communistes.
Au-delà de la question sur l'étiquette "Droite-Gauche" qui n'a qu'une pertinence que très relative, il convient juste de voir que le libéralisme appartient au vaste courant de pensée moderne et qu'il est bien loin d'être ce que MM. Meade & Gyllenhaal croient en avoir compris. Le libéralisme a utilisé et légitimé l'État, il est même au cœur de la formation de l'État moderne tant conspué par le MLD aujourd'hui. Voilà pourquoi sa posture d'anti-étatiste est tellement aberrante. La vérité, c'est que l'État moderne a dépassé le simple cadre intialement prévu par les libéraux (avec une démocratie et des compétences élargies) et que cela gêne leurs intérêts. Entre la démocratie et le marché, les libéraux choisissent le marché. Entre les citoyens et les individus, les libéraux choisissent les individus. Entre la liberté politique et la liberté d'entreprendre, les libéraux choisissent la liberté d'entreprendre. Entre le peuple et l'élite "éclairée", les libéraux choisissent l'élite.
Cette vision mêlée à l'économisme (faire de l'économie la variable centrale de toute activité humaine) forcené des libéraux conduit à ce qu'il soit légitime de les classer à Droite.
Je concluerai en esquissant, pour la beauté de l'argumentation, que la volonté des libéraux de s'afficher comme "au-dessus du clivage politique" se rapproche d'un autre point essentiel du libéralisme : son grand mépris et sa grande peur de la chose publique dans ce qu'elle a de plus noble. S'affirmer "hors du clivage politique", c'est tenter de s'affirmer "hors du politique", et ça, c'est très important pour les libéraux (qui, encore une fois, ne s'intéressent pas au peuple et à la chose publique).
Je pense tout d'abord que la distinction libéralisme économique / libéralisme politique est stupide et inadaptée. Il faut arrêter de croire que cette idéologie globale peut être segmentée de toute part. Si le libéralisme a évolué, c'est tout d'un coup au fil de l'histoire.
Le libéralisme naît avec la pensée moderne contre l'arbitraire de l'État pré-moderne. Il se développe grâce à la légitimation de l'économie politique (qu'il "invente" en quelque sorte). Je ne vais pas vous infliger de citer divers auteurs de l'époque. Il faut toutefois avoir en tête qu'à cette époque, les libéraux n'ont pas encore le pouvoir. Il est très longtemps à la tête de la lutte contre l'ordre réactionnaire (ce qui fait dire à certain qu'à l'origine le libéralisme est de Gauche).
Une fois au pouvoir, le libéralisme s'adapte à la situation et révèle son réel objectif : servir les intérêts de la classe qui le porte, la bourgeoisie.
Cela passe par un très strict contrôle des travailleurs (sur le credo "Classe laborieuse, classe dangereuse"), une limitation forte de l'accès du peuple à la démocratie (en rechignant à instaurer le Suffrage universel) et une lutte plus ou moins ouverte contre les anciennes classes dominantes. La réalité du libéralisme, c'est aussi la modernisation forcée des peuples : lutte contre les régionalismes, soumission (souvent par la force) des résistances intérieures, destruction de l'économie agraire et incitation à l'exode des ruraux. Le bilan politique du libéralisme en action au 19è doit être bien vu. Les libéraux n'ont tenu leur promesses que d'un point de vue économique (et c'est certainement de là que vient l'idée qu'il existe 2 libéralismes).
Les limites intrinsèques du capitalisme s'expriment et provoque des réflexions d'intellectuels : les marxistes, les socialistes critiquent l'injustice fondamentale de ce système, les républicains rappellent que l'individu autonome est une notion aberrante qui oublie le poids essentiel du groupe et des vertus civiques. Les réactionnaires critiquent quant à eux une Société qui les a laissé sur le carreau. Les néo-classiques arrivent avec des maths pour tenter de faire de leurs positions des réalités scientifiques, sont critiqués par Keynes. La fin des 30 Glorieuses s'accompagnent du retour en force des idéaux libéraux… vous connaissez l'histoire.
La réalité du libéralisme est une vision globale de la Société. La liberté conduit à une bonne Société, la Société n'atteint la paix que dans l'abondance matérielle et pour atteindre cette abondance, il faut mettre en avant les acteurs individuels et le marché. Dès lors, on croit dans l'individu autonome et on responsabilise l'oisif qui refuse de contribuer à la production.
Que garder de cet exposé ?
Que la tentative que font les libéraux de se présenter hors-clivage sur le critère d'une diversité du libéralisme est hautement fallacieuse. Le libéralisme ne doit pas être segmenté, c'est une erreur d'analyse.
Que le libéralisme a une idéologie qui repose sur une certaine vision du monde. Il a promu la modernité contre l'ordre d'Ancien Régime et a été sous le feu de la critique des républicains (des vrais, pas du PRF), des socialistes et des communistes.
Au-delà de la question sur l'étiquette "Droite-Gauche" qui n'a qu'une pertinence que très relative, il convient juste de voir que le libéralisme appartient au vaste courant de pensée moderne et qu'il est bien loin d'être ce que MM. Meade & Gyllenhaal croient en avoir compris. Le libéralisme a utilisé et légitimé l'État, il est même au cœur de la formation de l'État moderne tant conspué par le MLD aujourd'hui. Voilà pourquoi sa posture d'anti-étatiste est tellement aberrante. La vérité, c'est que l'État moderne a dépassé le simple cadre intialement prévu par les libéraux (avec une démocratie et des compétences élargies) et que cela gêne leurs intérêts. Entre la démocratie et le marché, les libéraux choisissent le marché. Entre les citoyens et les individus, les libéraux choisissent les individus. Entre la liberté politique et la liberté d'entreprendre, les libéraux choisissent la liberté d'entreprendre. Entre le peuple et l'élite "éclairée", les libéraux choisissent l'élite.
Cette vision mêlée à l'économisme (faire de l'économie la variable centrale de toute activité humaine) forcené des libéraux conduit à ce qu'il soit légitime de les classer à Droite.
Je concluerai en esquissant, pour la beauté de l'argumentation, que la volonté des libéraux de s'afficher comme "au-dessus du clivage politique" se rapproche d'un autre point essentiel du libéralisme : son grand mépris et sa grande peur de la chose publique dans ce qu'elle a de plus noble. S'affirmer "hors du clivage politique", c'est tenter de s'affirmer "hors du politique", et ça, c'est très important pour les libéraux (qui, encore une fois, ne s'intéressent pas au peuple et à la chose publique).